L’interview de la semaine : White Note

Cette semaine, je vous propose de découvrir les Parisiens de White Note, qui a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Une interview comme je les aime, dans laquelle on découvre le background et les inspirations d’un groupe passionné.

Si vous aimez les compositions pop intenses, le rock épuré et émouvant de formations comme Sigur Ros ou Explosions In The Sky, alors vous ne devez surtout pas passer à côté de White Note.

Je vous laisse faire connaissance avec eux !

1. Bonjour White Note ! Pouvez-vous vous présenter ?

Nicolas : Bonjour Esprit Rock ! White Note est un groupe parisien de rock alternatif/atmosphérique dans le style Radiohead/Sigur Rós. Je suis Nicolas, chanteur et guitariste/claviériste du groupe.

Paul : Bonjour ! Je suis Paul, guitariste et harmoniciste de White Note

Sébastien : Salut, je suis Sébastien, nouveau bassiste de White Note

Dimitris : Salut, je suis Dimitris, le batteur du groupe.

2. D’où vient le nom de votre groupe?

Nico : On pourrait vous écrire une dissertation à ce sujet ! Pour résumer, on peut traduire « WhiteNote » par Note Blanche, la valeur rythmique. Cela témoigne de la musique souvent lente et étirée du groupe. On peut aussi traduire « White Note » par Billet Vierge, une Note sur laquelle rien n’est écrit. On a là une idée de neutralité, quelque chose qui est là sans être écrit ni décrit, qui nécessite l’interprétation du spectateur (aussi bien dans le musique que dans les paroles), dans le sens où la chanson n’existera pleinement que lors de la réception. En outre, l’aspect blanc, vierge, épuré de la proposition musicale est souvent souillé, sali par un chant parfois criard, par des effets de distorsion aux guitares ou encore par une batterie soudainement brutale. Comme on peut le constater sur le logo, le nom du groupe est écrit dans une calligraphie assez classique, propre, lisible, mais des taches viennent salir ce nom. « White Note » est « NotWhite », la musique du groupe n’est pas si « blanche », si « pure » que ça.

Paul : Nico a tout dit ! J’insiste juste sur le fait quand dans WN, aussi bien le nom du groupe que les paroles peuvent être interprétées très différemment selon les gens… et c’est ce qu’on voulait, se concentrer sur la musique et éviter de faire passer un message explicite.

3. Comment avez-vous commencé la musique? (votre rencontre, votre premier instrument, vos premières répètes etc…)

Nico : Ce n’est pas très glorieux, mais j’ai commencé la musique vers les 8-9 ans en m’amusant à rejouer les génériques des feuilletons et dessins animés des années 80-90 sur un orgue électrique. Je crois bien que le premier morceau que j’ai joué, c’était Bioman (hahaha !!). Vers 15 ans, j’ai commencé la guitare et le chant, j’ai joué dans un groupe de reprises (Pearl Jam, Radiohead, Placebo, Muse, REM…), et 5-6 ans plus tard j’ai rencontré Dimitris, Paul et Stéphane en licence de musicologie. On a envisagé très tôt une formation ensemble. Puis, très récemment, Stéphane a dû nous quitter pour des raisons professionnelles, et Sébastien nous a rejoint et a su immédiatement s’adapter à notre style et y apporter sa patte.

Paul : En ce qui me concerne, j’ai commencé par l’harmonica vers mes 9 ans, ensuite je me suis mis à la guitare, qui a rapidement pris le dessus… J’ai commencé par le blues et les Rolling Stones, puis Nirvana et Rage Against the Machine, puis Deftones et Slipknot, pour aboutir à écouter du death métal et du hardcore… Et parallèlement à tout ça, j’ai commencé à écouter du jazz, et à travailler ce style. Après le bac, j’ai fait la fac de musicologie (où on s’est rencontré avec WN) et différents conservatoires en cursus jazz.

Dim : Eh bien moi aussi j’ai commencé vers 8-9 ans sur un orgue électrique mais les touches sautaient les unes après les autres alors je me suis orienté vers quelque chose d’un peu plus résistant : la batterie (vers 12 ans je crois), que j’ai étudiée au conservatoire. Au lycée j’ai commencé à jouer en groupe dans un style rock/metal, influencé par des groupes comme Deftones, Korn, RATM, HedPE, Slipknot, System Of A Down, … (eh oui c’était la période neo-metal). Puis j’ai rencontré Nico à la fac avec qui on a commencé en formation réduite (voix-guitare, batterie) avant de former White Note.

Seb : Moi par contre, j’ai commencé très tard, vers 18 ans. Tous mes potes faisaient de la musique dans des groupes de rock, et j’étais un peu jaloux ! Je me suis mis à la basse car j’ai tout de suite accroché avec l’instrument. J’écoutais beaucoup les Red Hot et Incubus, qui ont de très bons bassistes, et je passais des heures à repiquer les lignes de basse de One Hot Minute ou de Fungus Amongus. Puis au conservatoire j’ai découvert le jazz qui m’a vite passionné, j’ai alors commencé un cursus jazz.

4. Vous avez étudié la musique. Arrivez-vous à vous détacher complètement de l’aspect technique pour composer vos chansons ?

(je vais expliciter un peu cette quatrième question, à laquelle j’aimerais beaucoup avoir une réponse : je crois savoir que vous avez étudié la musicologie: donc, je me demande de quelle manière, avec un bagage comme le vôtre, on aborde l’écriture d’une chanson; est-ce que vous n’avez pas tendance à revenir plusieurs fois sur votre ouvrage pour chercher l’accord parfait, ce genre de choses…)

Nico : c’est une question très intéressante. En ce qui me concerne, je dirais qu’apprendre l’écriture m’a permis de comprendre l’utilité de certains mouvements de voix, de choix harmoniques, et de considérer pleinement les raisons pour lesquelles ces choix sont faits. Après, il faut savoir se servir de ces connaissances pour les intégrer à notre style. En musicologie, tu étudies surtout de la musique dite « savante », et le rock peut y passer comme une musique vulgaire aux yeux de certains. Du coup, il faut nourrir notre musique (influencée rock, certes, mais pas que !) d’un savoir très théorique, sans non plus tomber dans le piège de l’écriture facile. Le meilleur moyen de se détacher complètement de l’aspect technique, c’est d’avoir bien assimilé la théorie pour en faire ce qu’on veut et la mettre au service de la musique.

Paul : Oui, pas facile de répondre à cette question. À mon avis, c’est très bénéfique de travailler sérieusement son oreille, le rythme, l’harmonie, l’écriture… Ça crée un bagage musical conséquent, mais ce qui compte c’est ce qu’on décide d’en faire. En l’occurrence, je crois que dans WN on n’utilise pas consciemment toutes ces connaissances, mais on a ce « background » qui est là et ça a forcément une influence. C’est vrai qu’on prend beaucoup de temps pour composer, on utilise régulièrement des métriques ou des structures peu habituelles et un peu compliquées, et on n’hésite pas à revenir plein de fois sur nos compositions pour les peaufiner.

Seb: Personnellement, je ne pense pas qu’avoir un bagage théorique donne un avantage dans la composition de ce genre de musique. Le rock c’est la musique des tripes avant tout. Des milliers de groupe de rock on fait des merveilles en ne connaissant pas une once de théorie. Je pense même que cela peut formater l’oreille. Du coup j’essaie toujours de faire comme si je découvrais ma basse à chaque nouveau morceau, je me demande ce qu’il se passe si je fais telle ou telle note. Par contre, avoir une vraie formation de musicien est un atout incroyable en concert ou en studio car on est certainement plus exigeant, et la qualité de la musique s’en ressent!

Dim :
De mon point de vue, la musique de White Note ne peut être complètement détachée de l’aspect technique. Il y a une volonté de recherche dans la composition des morceaux qui nécessite parfois une approche technique : les morceaux sont souvent assez longs et (comme le disait Paul) les structures parfois compliquées, les tempi et les mesures changeantes. Cependant, j’essaye au maximum de mettre ma technique d’instrumentiste au service de la musique, ce qui n’est pas toujours facile :)

5. Au niveau de vos influences, y a t-il des groupes qui vous ont plus inspiré que d’autres?

Nico : c’est vaste ! Radiohead, Sigur Rós et Jeff Buckley sont mes principales sources d’inspiration. Mais j’écoute aussi bien Rage Against The Machine, Queens of the Stone Age et Deftones que Debussy et Bartok, en passant par Brian Blade et Chris Potter, j’adore les bons vieux Led Zeppelin et Pink Floyd, et les plus récents Dandy Warhols, toute la scène des songwriters à la Bob Dylan, Leonard Cohen, Devendra Banhart, Elliott Smith, et je suis clairement un enfant des années 90 qui a baigné dans Ben Harper, Blur, Red Hot Chili Peppers, Placebo, REM…j’ajouterai Danny Elfman et John Williams pour leurs nombreuses bandes sonores, Nobuo Uematsu (série des Final Fantasy), et K?ji Kond? (série des Zelda et Mario). Chacun d’entre eux m’inspire à sa mesure.

Paul : très vaste aussi… en ce qui concerne WN, Radiohead et Sigur Rós sont évidemment des influences énormes, mais on essaye aussi d’intégrer plus ou moins clairement des éléments d’autres styles musicaux, car dans le groupe on est tous assez ouverts

Dim : J’écoute pas mal de choses, même si ça tourne principalement autour du pop/rock/metal, mais aussi du hip-hop, de l’électro, des bandes originales, et même du jazz ou du classique par moments :) Je crois que c’est un mélange de tout ça qui influence mon jeu dans White Note.

Seb :En fait je me laisse influencer par le groupe dans lequel je joue. J’aime placer mes lignes dans l’énergie du morceau sans le dénaturer.

6. Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Nico : j’écoute l’album « Plastic Beach » de Gorillaz, « The Suburbs » de Arcade Fire et je redécouvre un bon vieux « The Will to Live » de Ben Harper. J’écoute aussi les albums et EP des potes, qui font un boulot franchement excellent : « Floor Dance », premier EP de PJ5, l’album du Climax Orchestra, « Sparse Prism » de Dawnshape, « Invisible Science » de The Portalis, « Dblue » de Airskin, « Howard B. EP » de Geste, « Quietly » de All Angels Gone…la scène proche de nous est bien meilleure que ce que nous offrent les radios.

Paul : ces jours-ci l’album « Meg Nem Sa » de Tyft, « Ultrahang » du groupe Underground de Chris Potter, l’album du duo Chris Thyle et Michael Daves, l’EP des copains d’1R1S, Heernt, un live solo de Joao Gilberto, l’album éponyme de Kneebody, le quatuor à cordes de John Adams, je découvre l’album Pink Moon de Nick Drake et je suis impatient d’écouter le prochain Meshuggah! Ce sont des trucs qui n’ont pas grand chose à voir mais j’ai besoin d’écouter des choses très différentes.

Seb: J’écoute pas mal de trucs différents, beaucoup les groupes de mes potes, comme Dawnshape ou Kid North. En ce moment Erykah Badu.

Dim : Plein de choses! L’EP de Crosses (projet électro de Chino Moreno), le nouveau Lamb Of God « Resolution », le dernier Immortal Technique aussi « The Martyr », « Digital Veil » de The Human Abstract, du Groundation, Opeth, Paramore, Ion, August Burns Red, Tool, Muse, Porcupine Tree, pfffffffff…….faut qu’j’arrête.

7. Quels sont les concerts qui vous ont le plus marqués ?

Nico : j’ai vu 4 fois Massive Attack sur scène. A chaque fois, j’ai été scotché et halluciné par la qualité du show, visuellement, scéniquement et musicalement, c’est une tuerie ! Le set d’Arcade Fire à Rock en Seine en 2007 était monstrueux aussi. Et dans un style très différent, je ne me suis jamais complètement remis du concert des Dandy Warhols au Bataclan en 2003, qui était carrément hypnotique et intimiste.

Paul : beaucoup trop de souvenirs à hiérarchiser, trop compliqué, je passe  :)

Seb: Un concert en plein air de Prodigy en 1998, The Herbalizer à l’Elysée Montmartre vers 2004. Esperanza Spalding plus récemment, cette fille est incroyable.

Dim : chaque concert marque d’une façon différente, en fonction du style de musique, de la salle, du nombre de bières que t’as bu…  J’ai du mal à en placer un devant un autre. Je continue juste à aller en voir pour vivre encore plus de ces moments magiques.

8. Et en tant que groupe, quel est votre souvenir de concert le plus mémorable?

Nico : je dirais que c’était le concert à la Scène Bastille, en février 2011. C’était pour la sortie de notre album « Undo Me ». Le public y était hyper réceptif, il y avait grosse scène et gros son, et nous avons signé un paquet d’autographes sur les CD :) Ceci dit, j’ai particulièrement aimé un petit concert acoustique dans un bar où le public d’une moyenne d’âge de 45-50 ans environ (public auquel nous n’étions pas habitués) nous a montré que notre musique peut plaire à tout âge. C’était très intimiste, j’ai senti une énergie particulière entre nous (membres et public), ce soir là.

Paul : le petit concert acoustique dont parle Nico… finalement c’est parfois dans les lieux les plus improbables avec des conditions pourries, qu’on se concentre le plus et qu’on a les meilleures surprises !

Dim : Idem ! C’est super agréable de sentir que ce que tu fais sur scène est “capté” par le public.

Seb : pour moi c’était au Panic Room, en février dernier. C’était de loin notre meilleur concert ensemble. C’était aussi le premier que je jouais avec White Note :)

9. A part la musique, vous faites des choses à côté? (boulot, loisirs, etc…)

Nico : prof de guitare et compositeur/producteur de musique à l’image, je fais beaucoup de musique dans mes loisirs aussi. En ce moment, j’aide un ami à produire sa musique, pour lui faire une maquette propre qui lui permette de démarcher. Je vais attaquer très prochainement un gros travail personnel scénique avec un ami théâtreux. En outre, j’ai toujours été fan des jeux vidéos (qui font partie de la culture !).

Paul : En fait, pas trop… J’ai la chance de gagner ma vie en faisant de la musique, donc ça occupe la majeure partie de mon temps (notamment mon quintet jazz aux influences rock/pop, le Pj5). Mais j’ai aussi des amis « normaux » qui ne font pas de musique  :)

Dim : Pas vraiment. Professionnellement, je suis prof de batterie. Ce qui, à mon grand plaisir, ne m’éloigne pas de la musique. Sinon, pendant mon temps libre, eh bien euh…. j’écoute de la musique :)

Seb : Pas vraiment non plus. Je m’occupe de mes différents groupes, et sinon je suis passionné de cinéma.

10. Que pensez-vous de la scène rock française actuelle?

Nico : ça dépend de ce que tu entends par « scène rock française ». Si cela suppose chanter en français des textes « engagés » au détriment de l’originalité de la musique, alors j’avoue ne pas trop suivre cette scène. Depuis Noir Désir, mis à part quelques-uns comme Deportivo ou No One Is Innocent, je trouve la scène française un peu faiblarde. Si par contre, on parle de groupes de rock de nationalité française, alors je te dirais qu’on rencontre très souvent lors de nos dates des groupes comme Geste et Airskin dont je parlais plus tôt qui méritent tellement plus d’attention que les stéréotypes ambulants qu’on entend sur les ondes…

Paul : À part les copains et les groupes qu’on croise, qui font souvent des choses très bien, je ne suis pas du tout au courant de ce qui se fait, et le peu de choses que j’entends parfois par hasard ne me donne pas envie de creuser plus loin.

Seb : Je connais peu la scène rock, mais ce qui est sur c’est qu’elle est très peu présente dans les media mainstream et en même temps très active. Il existe tellement de groupes, bons ou non, qu’il est difficile de considérer la « scène rock française » comme une entité. Je dirais juste qu’il existe beaucoup de bons groupes de rock en France dont le succès reste confidentiel, bien qu’ils déploient une énergie et un talent fou. C’est dommage mais c’est comme ça que cela fonctionne en ce moment.

Dim : Comme le dit Nico, depuis Noir Dés’ la scène rock française ne me donne pas trop envie. Mais c’est vrai qu’avec les concerts, on a la chance de voir ce qui se passe dans le milieu un peu plus “underground”, que je trouve bien plus intéressant en France, et de rencontrer des groupes super comme The Portalis dont j’apprécie particulièrement la musique.

11. Quels sont vos projets pour cet été? Farniente? Festivals? Concerts?

Nico : Concerts assurément :) On est également en train de réfléchir à la sortie d’un EP pour présenter nos nouvelles compos, et il nous est possible d’enregistrer dans un lieu prestigieux (dont on doit garder le nom secret) cet été justement. Et puis, un peu de farniente parce que c’est bon pour la santé !

Dim : Ca m’a l’air très bien comme programme!

12. Que peut-on vous souhaiter pour l’année 2012?

Nico : The Show Must Go On :)

Paul : Plein de concerts en province, à l’étranger, la sortie d’un EP, un public de plus en plus nombreux, 45896 nouveaux « j’aime » pour notre page Facebook (www.facebook.com/whitenotetheband)…

Seb: Un public nombreux dans de nombreux concerts !

Dim : …et 45896 nouvelles groupies :)

13. Un dernier mot ?

Nico : vous pouvez retrouver notre actu sur www.whitenote.fr, où vous trouverez les liens pour facebook, myspace, noomiz…Notre 1er album « Undo Me » est toujours disponible sur whitenote.bandcamp.com et autres plateformes numériques. Merci beaucoup à Esprit Rock de nous avoir proposé cet interview ! Bonne continuation à vous :)

Paul : Et un grand merci également à tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent !

Seb : Au plaisir de vous voir en concert ! Venez nombreux et accompagnés :)

Dim : « like & share » sur facebook :) Merci Esprit Rock !

2 thoughts on “L’interview de la semaine : White Note

  1. 6 mai, 2012 at 16 h 21 min

    Soyez co-producteurs de notre prochain EP !!

    http://www.kisskissbankbank.com/nouvel-ep-white-note

  2. 25 août, 2012 at 11 h 12 min

    Un nouvel EP en octobre ! « AMITO »

    http://youtu.be/vm_R-K-pun0

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